Existe-t-il une limite à la durée de vie humaine ?

C’est la question que se sont posée les auteurs Xio Dong, Brandon Milholland et Jan Vijg dans l’article « Evidence for a limit to human lifespan » paru dans la revue Nature le 13 octobre 2016[1].

L’observation globale des données démographiques depuis 1900 met en relief une diminution de la mortalité aux grands âges. L’augmentation continue de l’espérance de vie, et donc l’éventuelle absence d’un maximum à la durée de vie humaine, est une problématique essentielle pour les assureurs retraite dont l’engagement est très sensible aux hypothèses de mortalité.

Dans le cadre de cette étude, les auteurs se sont intéressés à la durée de vie maximale possible. Celle-ci est généralement supposée stable pour une espèce (122 ans actuellement pour l’Homme). L’augmentation de la survie en fonction de l’âge et les âges maximum enregistrés au décès ont été étudiés et ont permis de mettre en évidence une tendance à la baisse ces dernières années.

L’amélioration des taux de survie depuis 1 900 en fonction de l’âge suivent une courbe en cloche atteignant un pic autour de 100 ans. Ces taux ont tendance à diminuer après 100 ans. A travers leur réflexion, les auteurs n’excluent pas un décalage vers la droite de la cloche dans le futur, ce qui augmenterait alors inévitablement l’âge maximal au décès. Pour répondre à cette interrogation, les âges auxquels ce pic d’amélioration de la survie survient sont représentés en fonction de l’année d’observation. Sur la courbe ainsi tracée, il apparaît que l’âge pour lequel le gain de survie est le plus élevé n’évolue quasiment plus depuis 1980 et se situe aux alentours de 100 ans pour les hommes et 102 ans pour les femmes.

 


                             

Dans une seconde partie de l’article, les auteurs s’intéressent à la durée de vie humaine maximale, c’est-à-dire à l’âge maximum enregistré au décès. Deux échantillons sont comparés, le premier couvrant les années de 1968 à 1994 et le deuxième de 1995 à 2006. A l’aide de régressions linéaires, les auteurs observent deux tendances opposées : une augmentation de l’âge maximum enregistré au décès sur la première période et une tendance inverse sur la deuxième.

 

Les auteurs ont enrichi leurs résultats avec deux autres études : la modélisation de l’âge maximum au décès comme une loi de Poisson et l’observation sur les quarante dernières années des cinq plus grands âges enregistrés au décès pour étoffer leur échantillon. Les résultats de ces études corroborent les premiers résultats, soit un âge limite entre 120 et 125 ans et une tendance à la baisse ces dernières années.

La taille des échantillons considérés dans l’étude de l’âge maximum enregistré au décès reste relativement faible et les modélisations effectuées manquent potentiellement de robustesse. Les auteurs restent néanmoins convaincus que les résultats suggèrent nettement que la durée de vie humaine est par nature limitée.

La question posée ici intéresse particulièrement les assureurs dans le cadre de travaux de construction de tables de mortalité d’expérience prospectives. Les résultats de cette étude constitueraient un avis d’expert de référence et pourraient, par exemple, orienter les méthodes de fermeture de tables d’expérience utilisés dans les modèles.

[1] Source du document : http://www.nature.com/nature/journal/v538/n7624/full/nature19793.html