Micro-assurance : origines et évolutions en cours

En 1983, Muhammad Yunus crée la Grameen Bank au Bangladesh. Comme toute banque de détail, elle propose des crédits mais à destination des tranches les plus pauvres de la population mondiale. Ces « micro-crédits » ont connu un succès impressionnant lors de leur création. Cependant, le risque de non remboursement du crédit est particulièrement élevé. En particulier en conséquence de maladies ou de catastrophes météorologiques. C’est pour diminuer ce risque et pour sécuriser le processus de micro-crédit, que s’est développée une autre branche de service à destination des plus pauvres : la micro-assurance.

Marc Nabeth (2006), spécialiste de la micro-assurance en France définit ce nouveau service comme « une offre consistant à proposer des produits et des services efficaces à des individus ou des groupes à faibles revenus, souvent exclus du marché traditionnel de l’assurance (micro), via l’utilisation des pools de risques (assurance) ». La micro-assurance permet alors de protéger les populations les plus démunis contre des événements spécifiques, grâce à une mutualisation des risques en échange de primes adaptées à leurs besoins, leurs revenus et leurs niveaux de risque.

À l’origine, la micro-assurance a été établie pour couvrir le risque de défaut de prêts. Ce domaine s’étend à présent dans toutes les branches de l’assurance :

  • Vie et plans d’épargne retraite
  • Prévoyance (incapacité/invalidité)
  • Santé : soins de santé primaire, maternité…
  • Assurances agricoles
  • Pertes d’exploitation et RC professionnelle
  • etc.

La micro-assurance a attiré de plus en plus de clients au fil de ces six dernières années. L’’Organisation Internationale du Travail (OIT) estime à 500 millions le nombre de personnes couvertes par la micro-assurance dans le monde, contre 78 millions en 2007. Ce service est évidemment plus approprié aux régions les plus fragiles du monde mais il se voit parfois offert dans les pays développés. 60 % des personnes bénéficiant d’un régime de micro-assurance vivent en Inde, 15 % en Amérique latine et 5 % en Afrique.

Ainsi, de plus en plus de grandes compagnies d’assurance proposent des contrats de micro-assurance dans les pays en voie de développement comme dans les pays riches. Parmi ces compagnies, on trouve BNP Paribas Cardif, Axa, Allianz, April Group mais également des réassureurs comme Munich Re.

Pour cibler les clients, les assureurs doivent adapter leurs offres au contexte économique et social du pays. Par exemple, grâce à l’expansion des nouvelles télécommunications en Afrique, Bharti Airtel en partenariat avec MicroEnsure, le premier fournisseur mondial de micro-assurance, propose toute une gamme de produits d’assurance mobile en Afrique. Une étude du marché et de la faisabilité doit être mise en place avant tout développement d’une commercialisation. Le Bureau International du Travail (BIT) a notamment publié un « Guide pour l’étude de faisabilité de systèmes de micro-assurance santé » dans le cadre du programme global « Stratégies et Techniques contre l’Exclusion sociale de la Pauvreté (STEP) ».

L’activité de micro-assurance des grandes compagnies d’assurance est cependant peu rentable mais leur permet d’être présents sur les marchés émergents. Les compagnies doivent supporter les coûts de marketing, de vente, d’adhésion et d’administration d’une activité qui rapporte peu, bien que les populations à faibles revenus sont de plus en plus demandeuses de ce genre de services. Du fait de la diversité culturelle des marchés émergents, les compagnies d’assurance ciblent alors qu’un nombre limité de pays dans lesquels s’implanter.

En France, la micro-assurance vise principalement les auto-entrepreneurs leur permettant ainsi de protéger leur activité et leur personne, notamment pendant les premières années d’activité. Par exemple, l’association Entrepreneurs de la Cité a commercialisé une micro-assurance solidaire, collective et universelle pour protéger la création d’entreprise.

Dans le cadre d’un système de micro-assurance, la démarche actuarielle est différente des techniques traditionnelles du fait de la rareté des données et à l’irrégularité des sinistres. Face à cela, les actuaires sont alors amenés à faire appel à des techniques élaborées (système bayésien, traitement de l’information, analyse qualitative du marché, approche à partir de données incertaines, analyse par la simulation et la modélisation, etc.) mais également à réfléchir sur des nouvelles problématiques que pose le périmètre cible des clients. Pour assurer la pérennité de leurs activités, les compagnies de micro-assurances doivent placer la solvabilité comme leur priorité première. Eric Vivier dans son article « Aspects Actuariels de la Micro-Assurance » (2012), préconise une inversion du processus de production de l’assurance dans lequel l’actuaire doit penser « solvabilité » avant « primes », conduisant en priorité à la recherche de fonds propres et d’une réassurance de bonne qualité.

De nombreux autres articles ou ouvrages évoquent la manière dont il faut traiter les contrats de micro-assurance, notamment dans l’ouvrage « Protéger les plus démunis : Guide de la micro-assurance » (cf. Churchill (2009)).

Avec une bonne maîtrise, la micro-assurance peut représenter un élément précieux pour réduire la pauvreté même si elle ne peut pas constituer à elle seule la solution à tous les problèmes de misère dans le monde. Pour les compagnies, c’est également une solution pour se développer dans le monde et en particulier dans les pays en voie de développement. Enfin c’est aussi l’occasion de soigner leur image en associant leur nom à des initiatives de développement.

Références

Churchill C. (2009) Protéger les plus démunis : Guide de la micro-assurance, Fondation Munich Re, Micro Insurance Network, Organisation internationale du Travail, Génève. [lien] Nabeth M. (2008) Les nouvelles voies de la microassurance en France, Working Papers, Institut Thomas More, Bruxelles. [lien] Nabeth M. (2006) Micro-assurance : Défis, mise en place et commercialisation, Argus de l’assurance, Bruxelles.
Vivier E. (2012) Aspects Actuariels de la micro-assurance, Bulletin Français d’actuariat, vol. 12, n°23, janvier-juin 2012, pp.151-159. [lien] Wipf J. & Garand D. (2012) Indicateurs de performance en micro-assurance : Manuel à l’usage des praticiens de la micro-assurance, ADA asbl, Luxembourg. [lien]

Florence Chiu

Actuaire IA du Cabinet Galea & Associés