L'assurance automobile 2.0

Les assureurs des risques automobile, confrontés à l’un des secteurs les plus concurrentiels de l’assurance, se doivent aussi de préparer l’avenir en anticipant les changements de mode de consommation de la mobilité. A ce titre, la voiture, expression de la position sociale et de la réussite de son propriétaire dans les années 70, est devenue au fil du temps et des crises un simple objet dont la possession, à défaut d’être souhaitée, est bien souvent indispensable ; l’augmentation des prix de l’immobilier ayant repoussé en dehors des centres villes les classes populaires et moyennes. Parallèlement à cette désaffection grandissante de la population vis à vis de son automobile, de nouveaux modes de partages et d’utilisation se développent : covoiturage, partage, location et autolib en sont quelques exemples. La voiture retrouve son utilité première qui est de transporter un individu d’un point A vers un point B dans des conditions de confort, de sécurité et de coût satisfaisantes, mais dans le même temps en concurrence avec les autres modes de transports que sont le train, l’avion, le métro, le bus, etc.

La question du coût de l’assurance automobile pour son utilisateur est aujourd’hui symptomatique d’une recherche du meilleur prix, parfois au détriment de la couverture, et si aujourd’hui une part de plus en plus importante de la population avoue se poser la question de rouler sans couverture (en particulier les jeunes conducteurs), les assureurs ont conduit depuis une dizaine d’années une politique de segmentation extrêmement fine afin d’être en mesure d’offrir le meilleur tarif aux conducteurs les plus vertueux (souvent assimilés au Bonus 50%). Pour ce faire les produits les plus « fins » utilisent actuellement jusqu’à 12 variables pour chaque garantie du contrat, couplées à un maillage territoriale calqué sur la maille IRIS, voir une tarification en fonction de l’utilisation du véhicule (Assurance au kilomètre) qui prend en compte le nombre effectif de kilomètres parcourus, à l’instar d’Amaguiz. Les assureurs introduisent également dans leur tarification a priori l’ensemble des sinistres du véhicule, que ces derniers soient considérés comme responsables ou non.

L’assurance automobile apparaît aujourd’hui malgré tout à la croisée des chemins, écartelée entre la recherche du prix le plus juste pour le souscripteur (et non plus pour un véhicule donné), les nouveaux modes d’utilisation du véhicule mais aussi les contraintes CNIL. A l’heure de la voiture connectée, il semble possible d’envisager de franchir une nouvelle étape pour réconcilier conquête commerciale et prime de risque étalonnée au plus juste :  à ce titre l’émergence d’une tarification Payer comme vous conduisez est une des pistes les plus prometteuses. Dans cette configuration, la prime est ajustée au plus près de l’utilisation effective par un assuré d’un véhicule connecté : elle prend en compte outre les caractéristiques du véhicule, celles de son conducteur et les kilomètres parcourus, les conditions d’utilisation du véhicule. Il est ainsi possible de différencier la tarification selon la typologie de la route (Autoroute par exemple), selon les conditions météorologiques, l’heure d’utilisation et la période de l’année, mais aussi l’accélération du véhicule, ces derniers critères n’étant pas exhaustifs.

L’objectif étant bien de passer d’une vision a priori du risque futur , constatée le plus souvent par la sinistralité passée, à une vision prospective du risque, voir en temps continu. Le gisement en terme de pilotage du risque est immense car on peut facilement imaginer de nouveaux modes de couverture du risque s’appuyant sur les indices météorologiques de Météo France par exemple afin de couvrir une sur sinistralité lors de périodes de grand froid ou a contrario lors des périodes de beau temps. De même la collecte en continu des données d’utilisation des véhicules permettra d’ajuster les ressources d’assistance nécessaires au plus près que ce soit au niveau des standards téléphoniques ou des dépanneuses par exemple. Afin de satisfaire la CNIL, il conviendra bien entendu que le boitier installé dans le véhicule transmette deux flux d’informations distincts : le premier permettant d’identifier le conducteur du véhicule et la prime d’assurance,le second anonyme (aussi bien sur le conducteur que sur le véhicule mais avec un identifiant unique), et reprenant l’ensemble des paramètres que sont la vitesse, l’accélération, les coordonnées géographiques, etc.

Pour les acteurs traditionnels, il convient d’anticiper ces changements sous peine de voir un des géants du Web bousculer de manière brutale les classements des plus grands assureurs mondiaux.

Cyril Barritaud

Actuaire sénior du Cabinet Galea & Associés