Le risque climatique : des objectifs en phase avec la réalité ?

Le risque climatique impacte l’ensemble du système économique mondial. Les référentiels ne cessent d’évoluer depuis le début des années 2000, notamment avec les principes pour une assurance responsable lancés par l’UNEP FI[1] en 2012 et les principes pour l’investissement responsables (PRI)[2] dès 2006. L’évolution de ce sujet a amené les assureurs à s’y pencher de plus près. En effet, les sommes déboursées par les assureurs lors de sinistres climatiques peuvent atteindre des montants astronomiques (7 milliards d’euros pour la tempête Lothar & Martin en 1999[3]), avec une moyenne de 3,2 milliards d’euros par an pour les assureurs français entre 2015 et 2018.

En France, selon l’article 173 de la Loi sur la Transition Energétique en vigueur depuis le 1er janvier 2016, l’ensemble des investisseurs institutionnels doivent « publier des informations sur les modalités de prise en compte, dans leur politique d’investissement, des critères relatifs au respect d’objectifs Environnementaux Sociaux et de Gouvernance (ESG) et sur les moyens mis en œuvre pour contribuer à la transition énergétique et écologique ». On peut noter que depuis sa mise en application, les critères ESG sont analysés annuellement (avec une évaluation de l’empreinte carbone notamment) dans un rapport « climat » par les assureurs.

Malgré l’absence d’un référentiel international obligatoire, certaines initiatives s’inscrivent dans cet objectif. Ainsi, les recommandations de juin 2017 du groupe de travail Taskforce on Climate-related Financial Disclosures (TCFD) tendent à être utilisés par des grands groupes tels que AIG, Munich Re, SCOR, qui publient annuellement un rapport climatique selon les quatre axes prédéfinis : gouvernance, stratégie, gestion des risques, mesures et objectifs. Ces recommandations ont permis la distinction de deux risques climatiques majeurs :

  • les risques physiques induits par les dommages directs causés par des évènements climatiques (inondations, sécheresse…)
  • les risques de transition qui représentent les effets de la mise en place d’un modèle économique à faible émission de carbone.

Il faut donc les évaluer selon qu’ils soient au passif (par l’exposition géographique qui peut augmenter la fréquence et la sévérité des sinistres) ou à l’actif (via les critères ESG des investissements) de l’assureur.

Pour mesurer et évaluer les risques climatiques, il existe quelques outils algorithmiques. Parmi eux, on peut citer le Greenhouse Gas (GHG) protocol du WBCSD[4], qui est utilisé par des assureurs pour quantifier les émissions de gaz à effet de serre de leur portefeuille d’investissement. Cependant, le marché des outils de gestion des risques climatiques est encore jeune, et il est difficile de trouver un benchmarking pertinent.

Les régulateurs sont également attendus sur la question. A l’instar de la Banque d’Angleterre[5], l’ACPR a lancé un exercice pilote[6] qui a pour objectifs de sensibiliser les établissements financiers au risque climatique, et de mesurer leur vulnérabilité pour évaluer le coût induit par le risque de transition notamment. Cette démarche s’inscrit dans la suite de l’enquête sur les risques climatiques réalisée en 2018[7] par le régulateur et qui avait concerné 139 organismes (représentant 80% des placements des assureurs français). Après avoir sondé les acteurs assurantiels, le passage à l’exercice pilote est une étape supplémentaire vers la transition écologique, car l’harmonisation des méthodes d’intégration du risque climatique est essentielle pour assurer un suivi et une évaluation pertinente de ce risque. Pour cela, l’ACPR va s’appuyer sur des scénarios du Network for Greening the Financial System (NGFS)[8] pour définir les scénarios de transition écologique, ainsi que sur des modèles actuariels récents concernant les hypothèses socio-économiques (PIB, chômage…), les risques climatiques physiques (submersion, inondations, sécheresse) et les risques santé (taux de mortalité, frais de soin, incapacité…). La remise des résultats par les organismes assureurs choisissant de contribuer à cet exercice pilote est attendue pour décembre 2020, et la publication des conclusions de l’ACPR se fera au mois d’avril 2021.

En attendant, les dernières actualités[9] démontrent l’urgence de la question climatique dont l’enjeu majeur est la réalisation d’une transition ordonnée vers un avenir durable.

Les consultants de Galea accompagnent plusieurs acteurs sur les réflexions sous-jacentes au risque climatique (rédaction de rapports ESG, accompagnement aux réponses du questionnaire de l’ACPR, réflexions sur la stratégie d’investissement responsable).


[1] Initiative financière du Programme des Nations Unies pour l’environnement

[2] Principles for Responsible Investment des Nations Unies

[3] Chiffres de la FFA

[4] Conseil mondial des affaires pour le développement durable

[5] Biennial exploratory scenario 2021 : simuler la capacité de résistance économique des banques et assureurs face aux risques physiques et de transition, via des stress tests climatiques (https://www.bankofengland.co.uk/paper/2019/biennial-exploratory-scenario-climate-change-discussion-paper)

[6] https://acpr.banque-france.fr/presentation-des-hypotheses-provisoires-pour-lexercice-pilote-climatique

[7] https://acpr.banque-france.fr/sites/default/files/medias/documents/as_102_risque_climatique_assurances_fr.pdf

[8] Scénarios se focalisant sur la transition énergétique (avec pour objectif le maintien du réchauffement climatique sous les deux degrés) du système économique en simulant les effets comportementaux du marché. Le NGFS est une initiative de banques centrales et superviseurs

[9] https://www.lefigaro.fr/flash-eco/climat-trente-assureurs-appeles-a-reduire-leur-couverture-dans-le-petrole-et-le-gaz-1-20200618

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