Arrêt de travail : une sinistralité en hausse et des enjeux toujours plus significatifs

La problématique du risque arrêt de travail est complexe tant elle est marquée par une très forte interdépendance entre la santé, le social et l’économique.

Dans une conjoncture économique difficile, la hausse constatée de l’absentéisme génère une charge non négligeable pour la collectivité, les entreprises et les assureurs.

Afin de mieux comprendre ce risque et tenter d’en réduire l’ampleur, de la prévention et des services se mettent en place, et des modèles statistiques se développent.

Des arrêts toujours plus nombreux et coûteux

Ces dernières années, les dépenses liées aux arrêts de travail sont en constante augmentation. En effet, après une hausse de 3% environ entre 2016 et 2017, le taux d’absentéisme a augmenté de 8% pour atteindre un taux global de 5,10% en France en 2018, ce qui représente 18,6 jours d’absence en moyenne par salarié.[1] Cette hausse serait principalement due à l’augmentation des arrêts de travail de plus de 90 jours.

Les Indemnités Journalières versées en 2018 représentent environ 21 Mds€[2], prises en charge par la Sécurité sociale à hauteur 15 Mds€, le reste étant versé par les Organismes d’assurance complémentaires.

Un enjeu financier majeur pour les assureurs et les entreprises

D’après une récente étude[3], 79% des salariés bénéficient, via un contrat de prévoyance souscrit par leur entreprise, de garanties complémentaires à la Sécurité sociale en cas arrêt de travail.

Le marché de la prévoyance (risques décès et arrêt de travail) a généré un volume de cotisations de 22,1 Md€ en 2018 (segments collectif et individuel) et ces montants n’intègrent pas le coût des maintiens de salaires supportés par les entreprises Les enjeux financiers liés à la couverture du risque arrêt de travail sont donc significatifs.

Réglementairement, les assureurs sont tenus de provisionner chaque sinistre arrêt de travail en cours d’indemnisation de leur portefeuille. Cette provision matérialise les prestations futures que devra verser l’assureur jusqu’à la fin de l’arrêt. Les provisions représentent donc généralement le poste le plus important d’un compte de résultat.

Pour l’évaluation de ces provisions, le taux de rendement financier futur escompté, appelé taux technique, est encadré par la règlementation. Il est censé refléter une vision prudente du contexte économique. Plus ce taux augmente, plus le montant de provision diminue (et inversement). Or, ces dernières années, et plus particulièrement en 2019, les taux financiers ont connu une baisse significative. Le taux financier réglementaire maximum pour l’évaluation des provisions est ainsi passé de 0,62% au 31/12/2018 à 0,43% au 30/09/2019. Il pourrait baisser à 0,3% à fin 2019 d’après les projections, générant une hausse des provisions, toutes choses égales par ailleurs, de l’ordre de 2% en moyenne sur l’année.

L’impact de cette baisse des taux, couplée à la hausse du nombre d’arrêts observés, engendrent des hausses de charges significatives pour les assureurs, qui pourraient ne pas avoir d’autre choix que de répercuter une partie de ces hausses sur les cotisations financées par les salariés et par l’entreprise.

Pour contrer l’augmentation de l’absentéisme, des solutions se mettent en place

Les entreprises doivent donc faire face à une hausse significative des coûts liés à l’absentéisme :

  • Diminution de la productivité ;
  • Hausse des charges liées aux obligations de maintien de salaire prévues par la loi et les conventions collectives ;
  • Hausse des cotisations des contrats de Prévoyance

Identifier plus précisément les raisons de cette hausse des arrêts de travail afin d’agir plus efficacement pour éviter les arrêts (prévention) et diminuer leur durée est donc un enjeu primordial.

Ces dernières années, la notion de qualité de vie au travail a eu une importance croissante.

L’ANI du 19 juin 2013 définit la qualité de vie au travail comme un terme qui « désigne et regroupe sous un même intitulé les actions qui permettent de concilier à la fois l’amélioration des conditions de travail pour les salariés et la performance globale des entreprises, d’autant plus quand leurs organisations se transforment. »

Depuis, la loi Rebsamen de 2015 a fait entrer certains thèmes de QVT dans l’une des 3 Négociations Annuelles Obligatoires (NAO).

En pratique, la QVT regroupe divers sujets liés à l’environnement de travail, comme la pénibilité, l’équilibre de vie personnelle/professionnelle, ou encore la protection sociale des salariés.

Pour les entreprises, la mise en place d’une démarche de qualité de vie au travail génère une amélioration de la productivité de ses salariés selon des études récentes.

Au-delà de la QVT, la prévention des risques professionnels peut apparaitre également comme un facteur déterminant dans les réductions des arrêts de travail.

En complément, des services spécifiques de mesure de l’absentéisme, prévention ou aide au retour à l’emploi sont développés par certains assureurs.

Cependant, les « outils » classiques, qui nécessitent souvent un investissement en temps important pour les services RH, ne permettent généralement qu’un constat a posteriori et l’efficacité des services de prévention reste difficilement mesurable. Face à ces limites, de nouvelles techniques se développent pour permettre une gestion « dynamique » de la problématique : en anticipant et analysant les causes des absences, l’entreprise peut mettre en place les ajustements nécessaires pour limiter le risque (prévention) et éviter les répercussions opérationnelles des absences (désorganisation).Ces modèles mathématiques consistent à rechercher une corrélation entre différentes variables endogènes (propres à l’entreprise) ou exogènes (densité de médecins ou temps de trajet des salariés par exemple), afin de comprendre et “prédire” les arrêts. A partir de cette connaissance fine des groupes identifiés comme “à risque”, l’entreprise et/ou l’assureur peuvent mettre en place :

  • Un plan d’action basé sur des actions de prévention / correction ciblées ;
  • Des indicateurs de suivi.

L’objectif est de construire, en lien avec les Ressources humaines, un modèle de prédiction des arrêts permettant d’améliorer les actions de prévention, de mesurer leur efficacité mais également d’optimiser l’allocation des ressources humaines et financières.

Galea vous accompagne dans le suivi et le pilotage de vos régimes de protection sociale, ainsi que dans compréhension et la prédiction de votre absentéisme.


[1] 11e édition du baromètre de l’absentéisme et de l’engagement mené par le cabinet Ayming en partenariat avec AG2R La Mondiale

[2] Etude DREES, Les dépenses de santé en 2018

[3] CTIP, Cahiers statistiques 2018

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